Comme je m'y étais engagée, voici mon compte-rendu du thriller

l'homme de Kaboul paru aujourd'hui chez Robert Laffont.

Qomaandaan, le géant de Kaboul

Prenez un homme, grand, géant, la cinquantaine mince, cheveux ras et barbe grise. Habillez-le à l’Afghane : sahkman (veste) en laine par-dessus, kurta (chemise) ample, shalwar (pantalon) marron bouffant.

 Placez-le à Kaboul. Pendant qu’on y est, on va l’appeler Oussama, prénom difficile à porter même en Afghanistan, non pas celui auquel vous pensez…. Celui-là est Oussama Kandar, qomaandaan, commandant en chef de la brigade criminelle de Kaboul. Mettez –lui sous le bras un tapis de prière qu’il utilise plusieurs fois par jour, où qu’il se trouve. Ajoutez-lui un adjoint Hazara, aux yeux bridés, un autre au visage glabre vêtu à l’occidentale. Pendant qu’on y est, on va le marier à une jolie femme, gynécologue et féministe !

 Portrait inhabituel, atypique d’un héros de thriller pour occidentaux.  Et on s’y attache sacrément vite !

Le qomaandaan, à la conduite exemplaire et à la réputation sans tâche est informé du suicide  d’un homme d’affaire louche, Wali Wadi. A son arrivée, Oussama rencontre sur place le ministre de la sécurité, un pachtoun corrompu qui tente bien de le convaincre qu’il n’y a pas sujet à enquête. Oussama très surpris par l’idée d’un suicide très rare en temps de guerre, autant que par la présence du ministre, décide d’enquêter sur ce soi-disant suicide.

 L’action se situe d’une part à Kaboul, Afghanistan, et dès les premières lignes, vous êtes happés par cette ville, ce pays, comme si vous aviez effectué un voyage immédiat dans l’espace et le temps. Vous prenez en pleine figure la complexité de ce pays : l’omniprésence des armes, la violence permanente, la morale et même temps la corruption, l’omniprésence de la coalition, les femmes en burqa, la misère.

 L’action se situe d’autre part en Suisse,  où  Werner et Nick Snee, jeunes analystes, travaillant pour un organisme opaque dit « l’entité » chargée de missions secrètes pour les gouvernements occidentaux, enquêtent sur la disparition du directeur de Willard consulting, un puissant groupe de lobbying de Lausanne. Werner va rapidement disparaître de la scène, assassiné par les « K » hommes d’action de cette « entité. »

 Comme Oussama, Nick Snee, traumatisé par la mort de son collègue, va poursuivre ses recherches. Le lecteur sait donc d’emblée que les deux affaires sont liées mais quel est ce lien ? Oussama Kandar et Nick Snee,  en se lançant dans un long, minutieux et périlleux travail de recherche, vont s’apercevoir très vite qu’on ne veut pas que leur enquête aboutisse. Leur obstination à découvrir la vérité s’avère dangereuse. Les indices trouvés par Nick Snee le conduiront en Afghanistan  où il rencontrera Oussama. Ensemble et au prix de nombreuses vies, ils arriveront au bout de leur (en)quête passionnante, haletante. Mais une fois la vérité connue, faut-il la révéler au monde ?

 Bannel

Je ne pense pas qu’il faille en dire d’avantage sur le contenu. Comme les autres lecteurs de « L’homme de Kaboul », je savais très peu de choses sur l’Afghanistan. J’avais lu Les Cerfs-volants de Kaboul (The Kite Runner), premier et bouleversant roman de l'Américain d'origine afghane Khaled Hosseini, devenu un roman culte par le bouche à oreille et ayant été primé plusieurs fois.

 Il m’a fallu trois chapitres pour bien rentrer dans l'histoire : trois chapitres qui fourmillent d’informations afin de nous familiariser avec l’Afghanistan :  son histoire complexe et terrible, Les différents groupes ethniques : les Hazaras, les pachtouns, etc. leur mode de vie, la présence de la coalition, la dimension internationale de l’affaire,  les attentats suicides, l’omni présence des armes, la peur, la corruption, les trafics, les trahisons, l’espionnage, l’aspiration des Afghans à vivre en paix, et la rapacité de ceux qui sont prêts à s’enrichir en profitant de l’instabilité du pays, l’oppression des femmes avec l’excuse de vouloir les protéger, les horreurs perpétrées par les talibans…

 Au troisième, j’ai soudain plongé, prise dans l’histoire.

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Au fur et à mesure où j’avançais dans la lecture de ce livre, j’en racontais les épisodes  à mon mari. Et le matin où je l’ai terminé, j’ai lu pendant trois heures de cinq à huit heures. Ensuite, mon mari et moi en avons longuement parlé. J’ai commencé à taper sur Google les mots Afghanistan, intégrisme puis commandant Massoud, mort de Massoud, nous avons regardé les vidéos de l’excellente émission « Le dessous des cartes » etc. A midi passés nous étions encore en pyjama à discuter. Au début de l’après-midi, nous avons mis le nez dehors, après le repas… Et bien, vous ne me croirez pas, trois avions de chasse sont passés très bas au-dessus de la maison en décrivant une grande courbe. Bon, nous sommes, hélas, sur la route de ces avions qui l’ont la fâcheuse habitude de passer trop bas… Mais après la lecture de ce roman, je me sentais en pleine parano d’espionnage occidental à la recherche d’intégristes….

 Sentir le point de vue du narrateur m’a parfois gênée :

Extrait page 66 :

-         « Au moins tu es musulman, comme eux…

-         Putain de religion ! Je ne crois en rien. J’ai trop vu d’horreurs dans le bled pour croire encore en Dieu. S’il existe, c’est juste un enfoiré qui se marre bien là-haut, en nous regardant nous entretuer.

-         Je ne vois pas les choses comme cela, répliqua Joseph froidement.

Personne ne savait qu’il était bigot et se rendait à l’église toutes les semaines pour se confesser. »

En dehors de tout point de vue au sujet de la religion, je crois que l’utilisation du mot « bigot » est ici trop connotée ! L’auteur fait ici une différence entre ce personnage, Joseph, très antipathique et Oussama qui prie souvent avec son tapis de prière. Peut-on dire que l’un est bigot et l’autre pas ??? C’est vrai que quand il fait référence à Oussama, l’auteur précise que la prière lui apporte l’apaisement… Je me suis vraiment demandé, moi, non croyante convaincue, ce que signifiaient les mots : dévot, dévotion excessive, bigoterie…

 Outre les deux héros, je me suis attachée à Malalaï, la femme d’Oussama. Son personnage extrêmement bien campé, est comme l’eau fraîche d’une fontaine, une oasis d’ombre bienfaisante, d’équilibre, d’amour, dans ce monde rempli d’armes, de détonations, de morts, et d’horreurs. J’imaginais sans peine, en lisant le livre, l’effet apaisant de sa présence sur Oussama.

Avec la fin de ce thriller, l’auteur aborde le sujet épineux de l’avenir de l’Afghanistan avec en arrière plan la lutte sans merci des superpuissances à la recherche  de toujours plus de matières premières. La marche du monde nous dépasse, nous simples humains.

 Il y a aussi la relativité des choses qui d’un point de vue sont condamnables et de l’autre nous apparaissent comme une protection : Une loi du Coran attribue à l’épouse veuve la moitié des possessions de son mari. Malalaï pensait donc que cela revenait à dire qu’une femme vaut la moitié d’un homme. Mais avec le code pachtoun, la femme n’héritait de rien du tout ! Cette loi, un progrès finalement, ne serait jamais passée dans l’opinion publique afghane si l’égalité homme-femme avait été demandée.

 Enfin, le livre écrit par Cédric Bannel, paraît ce 3 mars et il aura de nombreux lecteurs ; Lecteurs qui sortiront sans doute un peu plus éduqués à la fin de ce livre. Mais ensuite, en tant que lectrice qui s’est à la fois passionnée  et instruite en lisant ce livre, je me pose bien des questions. Ce roman, et Cédric Bannel à travers lui, dénonce beaucoup de choses mauvaises qui se passent dans ce pauvre monde….

Mais je n’oublie pas au bout, que Cédric Bannel est « homme d’affaire et écrivain » L’écrivain dénonce ceux qui pour s’enrichir, sont prêts à n’importe quoi.

 J’aimerais savoir ce que l’auteur Bannel pense de l’homme d’affaires Bannel qui détient, à ce titre, une parcelle de pouvoir. Comment peut-on à la fois dénoncer l’injustice et d’un autre côté, participer, à ce capitalisme financier qui détruit les acquis sociaux, désinvente le travail salarié sous prétexte qu’on ne peut pas rivaliser avec les patrons esclavagistes…

 J’aimerais tellement entendre dire, que l’action de cet homme « d’affaires » va dans le bon sens.

Je remercie Canalblog, Violette et les éditions Robert Laffont pour ce challenge passionnant !

 Je me permets de vous recommander l'excellentissime "Dessous des cartes"(Arte) de Jean-Christophe Victor :

 Le forum de Canalblog consacré à ce livre : L'homme de Kaboul

Vous pourrez y lire 120 chroniques sur le sujet !!!

ainsi que la page Wikipédia consacrée à Cédric Bannel, les éditions Robert Laffont